Hérités du grec ancien, « dêmos », le peuple, et « krátos », le pouvoir, constituent un mot désignant les régimes dont le pouvoir politique réside dans les mains du peuple. Cela signifie que c’est ce dernier, considéré dans son ensemble par un suffrage universel, qui décide, et nul autre. Il n’y a donc pas de démocratie sans peuple, c’est-à-dire sans une communauté de destin consolidée par une cohésion nationale forte, pour voir naître et durer une démocratie. Un peuple doit donc parvenir à surmonter ses faiblesses et demeurer uni pour librement et en responsabilité trancher son propre destin. Cette logique, au fondement des autres, prend son sens au moment où le peuple, dans son choix éclairé, emploie les moyens de son pouvoir, c’est-à-dire à deux moments : quand il s’exprime dans un référendum, et lorsqu’il élit ses représentants. Ces deux moyens lui permettent d’exercer son pouvoir, et la formulation de sa volonté tient lieu de commandement pour la nation.

Une constitution

C’est le texte qui est le socle de toute la société française, celui qui en définitive tranche les plus grandes questions. Il est à ce titre et de loin le texte le plus important, celui dont découlent les règles et l’organisation de la nation. Depuis le 4 octobre 1958, la constitution de la France est celle de la 5è République, fondée par le Général De Gaulle qui disait : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave. ». L’article 5 est le premier qui traite du Président de la République, il y est écrit qu’« Il est le garant de l’indépendance nationale ». En effet, pour établir un régime démocratique et acter le droit à l’autodétermination d’un peuple, il faut que ce peuple soit indépendant : si une volonté étrangère a le pouvoir de s’opposer à lui, alors le régime n’est plus démocratique.

Les scrutins

Dans le cadre posé par la constitution de la 5è République, les Français sont amenés à exercer leur souveraineté. Il faut noter que le caractère universel du suffrage considéré aujourd’hui comme naturel n’est pas tombé du ciel : c’est une avancée arrachée par le gaullisme à la bourgeoisie et au système des partis. Le parlementarisme français a démontré son incapacité de résultats dans le gouvernement de la nation notamment à cause du jeu des partis qui y règne, et de l’instabilité de ses gouvernements (cf la 3è République et ses promesses sociales jamais tenues qui conduiront aux grèves de 1936, cf la corruption de la 4è, sa vassalisation par les Etats-Unis et son enlisement dans la guerre d’Algérie). La 5è est un retour à la stabilité, à l’indépendance, et à la capacité pour la France d’engager de grandes réformes. Cette efficacité est due au retour de la « clef de voûte » du régime selon les propres dires du Général De Gaulle : le Président de la République, avec un pouvoir fort, et dont le gouvernement n’est plus le jouet du parlement. Cette clef est d’abord élue par un collège de grands électeurs, mais De Gaulle va la placer dans les mains du peuple français, meilleur garant selon lui ; il instaure ainsi, cette fois-ci définitivement, le suffrage universel direct pour l’élection du Président de la République. Le bilan de cette nouvelle organisation, celui du gaullisme, est notable : (remboursement de la dette, décolonisation, grands services publics, innovation à la pointe mondiale, voie indépendante et d’équilibre pour la paix dans le monde, méritocratie, redistribution des richesses, droit des femmes, etc.).

De plus, pas de démocratie sans traitement égal des choix proposés. Chacun est bien conscient que s’il faut choisir entre deux idées dont l’une a profité de 90% de publicité et l’autre des 10% restants, alors le choix est largement biaisé ; cette connaissance était respectée et actée au début de la 5è République, tel que le montre le décret n°64-231 du 14 mars 1964 contenait cette consigne : « Chaque candidat dispose sur les antennes de la radiodiffusion-télévision française au premier tour de scrutin de deux heures d’émission télévisée et de deux heures d’émission radiodiffusée. ». Ce faisant, le Général De Gaulle, candidat favori, a obtenu le même temps de parole que son concurrent ayant réuni le moins de suffrages. Depuis, petit à petit,  un mécanisme dans lequel on discrimine des « grands » et des « petits » candidats, toujours sans légitimité ni consultation des Français, a été mis en place par les gens chargés d’organiser les élections. De facto, l’iségorie, c’est-à-dire l’égalité du temps de parole, n’est plus respectée, et les votes se retrouvent biaisés, sans que les responsables de cette injustice ne s’en retrouvent inquiétés. C’est vrai pour les élections et les référendums : en 1992 et en 2005, lorsque le peuple français s’est exprimé sur les traités européens, il s’est trouvé à chaque fois que la très grande majorité des médias et des invités à débattre soutiennent des positions européistes, et que ceux qui défendaient les intérêts de la France se trouvent en minorité. De facto, les résultats se retrouvent biaisés.

Parmi les problèmes qui empêchent la bonne tenue d’une vie démocratique en France, il faut évidemment citer les parrainages de l’élection présidentielle. En 2022, les trois principaux concurrents au président sortant, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et Eric Zemmour, ne sont pas parvenus à les réunir. Pour éviter une grave crise de régime, le pouvoir lui-même (personne ne peut nier la proximité entre François Bayrou et Emmanuel Macron) a sélectionné ses opposants, distribuant les parrainages, annonçant qu’il distribuerait les parrainages nécessaires à ceux qui dépassent les 10% d’intention de vote dans les sondages. Mentionnons la fluctuation permanente des sondages et leurs erreurs parfois lourdes pour commenter le bien-fondé de cette démarche. Nous ne comprenons pas pour qui s’est pris François Bayrou à ce moment-là, piétinant l’indépendance des élus qui ne sont pas censés recevoir de consigne en la matière, mais cette situation où le pouvoir sélectionne ses adversaires a été voulue et provoquée : les parrainages nécessaires sont passés de 100 à 500 en 1976, année lors de laquelle il a également été décidé qu’ils soient désormais rendus publics. La fin de l’anonymat des élus a largement attaqué leur indépendance de parrain, les exposant à des pressions multiples les décourageant d’accomplir leur devoir de représenter tous les courants d’opinion lors de l’élection présidentielle. Ces différents choix ont rompu la capacité d’un candidat indépendant à se présenter aux élections présidentielles, quand bien même il incarne de manière représentative un courant d’opinion pour les Français.

Enfin abordons un dernier point majeur, même s’il y en aurait d’autres à aborder : le coup d’Etat médiatico-juridique de 2017. Nous avons traité ci-dessus l’égalité nécessaire du temps de parole dans un régime démocratique, nous ne nous étalerons donc que peu sur l’omniprésence d’Emmanuel Macron sur les écrans de télévision et dans les colonnes des journaux, pour qu’il s’exprime directement ou qu’il soit cité et commenté. Penchons-nous davantage sur le fait que la magistrature est intervenue pour torpiller la candidature de François Fillon, donné gagnant. Eliane Houlette, chargée de cette affaire a évoqué une « énorme pression de sa hiérarchie », avec de « très, très nombreuses demandes concernant cette affaire ». La focalisation des médias sur ce sujet a permis la dynamique du candidat Macron, sans qu’une enquête ait eu lieu pour étudier les responsabilités d’une éventuelle intervention de réseaux pro-macroniens dans l’élection.

La France d’aujourd’hui n’est plus une démocratie

Depuis que le référendum de 2005 a eu lieu, et que le peuple français a voté dans le sens contraire de sa classe dirigeante, cette dernière a choisi de ne plus interroger les Français sur leurs volontés. Elle s’est même exprimée plusieurs fois pour dire explicitement qu’elle n’organisait plus de référendum de peur de les perdre. Dès lors, elle bafoue purement et simplement la souveraineté du peuple, et donc le caractère démocratique du régime. Il ne reste au peuple que les élections, organisées dans des conditions toujours plus biaisées, dans lesquelles le système en place parvient à se perpétuer malgré la demande de changement radical qui a désormais gagné une grande majorité du peuple français. Les candidats qui sont placés sous le feu des projecteurs ont été présélectionnés, et quel que soit celui qui l’emporte, il continuera d’appliquer la même politique qui est celle du système qui l’a porté au pouvoir. Par ailleurs tout est déjà écrit : les grandes décisions de la France sont prises à Bruxelles par des gens qui ne sont pas élus et qui ne rendent aucun compte aux Français. L’Union européenne impose ses volontés aux Etats : les réformes des retraites, du chômage, les politiques énergétiques et migratoires sont décidées par l’UE, et les dirigeants français font le choix de se soumettre, alors que la démocratie exigerait de refuser tout commandement de l’étranger, reconnaissant uniquement la légitimité du peuple français à décider pour la France.

À date, cette situation perdure et s’aggrave chaque année, sans que ses responsables ne répondent face à la justice. Nicolas Sarkozy a fait retirer la notion de « haute trahison » de la Constitution en 2007, cette notion serait pourtant bien utile pour un jugement rigoureux des traîtres au peuple français. La classe dirigeante française, habituée à son statut privilégié par l’impunité, se permet néanmoins tous ces manquements graves au devoir sans être inquiétée. Nous souvenons-nous en effet des emplois fictifs de la mairie de Paris qui ont éclaboussé Chirac sans conséquence, de la vente de l’or français à vil prix aux Étatsuniens par Sarkozy, du repas à 100 000 € de Wauquiez sur le dos de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ou encore du fonds Marianne. Au travers de l’Histoire, le peuple français a montré qu’il était toujours d’une patience extrême avant de déclencher un renversement ; peut-être que ses grands malheurs sont le prix à payer pour les éclats dont il est capable, et dont il a fait montre plusieurs fois, surprenant le monde entier. Notre position, ferme, est de renverser cette situation d’injustice, et de redéposer dans les mains du peuple, le pouvoir politique français.

Raffraîchir et sublimer la Cinquième

Une fois ce pouvoir rétribué au peuple, faut-il nous satisfaire et nous arrêter, nous contentant de reproduire les schémas de notre passé ? Certainement pas. La vie et son existence, ainsi que l’exigence nous commandent le développement et la recherche perpétuels, ainsi en va notre manière de répartir le Pouvoir, en équité et en justice : afin que l’organisation de notre vie soit à la hauteur de la dignité humaine.

Aussi observons-nous d’un œil attentif certaines idées qui surgissent :

  • Un RIC véritable, Référendum d’initiative citoyenne, grande revendication des Gilets jaunes et caractéristique logique d’un régime dont l’une des deux pierres fondamentales est le référendum ;
  • Le parrainage citoyen pour la présidentielle, afin de déposséder les appareils partisans de bien choisir leurs poulains aptes à représenter la nation ;
  • Le tirage au sort, comme il était pratiqué dans la Justice, pour forcer une caste de politiciens déconnectés à reprendre en compte le réel, et à rendre des comptes aux citoyens ; comptes dont ils ont malheureusement perdu l’habitude ;
  • Une prise en compte plus stricte, conséquemment aux dérives manipulatrices dont ils sont source, du pouvoir des médias, qui, pour ceux publics, doivent être plus représentatifs des courants politiques de la population ;
  • Un suffrage proportionnel poussé ;
  • Une action citoyenne formalisée qui finalise la citoyenneté à partir de la majorité, en lieu et place d’une citoyenneté automatiquement et passivement acquise.