La France dispose d’un des mix électriques les plus décarbonés au monde, grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité. Pourtant, notre pays subit de plein fouet les dérives d’un marché européen construit autour d’une logique de concurrence imposée. Ce système, pensé pour libéraliser et homogénéiser les prix de l’électricité, favorise des sources intermittentes (éolien et solaire) au détriment des énergies pilotables et souveraines. Le nucléaire, pilier stratégique français, est fragilisé par des règles absurdes (ARENH) qui obligent EDF à vendre à perte son électricité à des concurrents sans moyens de production. C’est l’idéologie néo-libérale : il faut supprimer le monopole d’EDF et forcer imposer une concurrence libre et non-faussée, contre le système des grands services publics à la française. L’hydroélectricité, pourtant précieuse, est menacée par l’ouverture forcée à la concurrence exigée par Bruxelles. Pire : cette politique est alimentée par une ingérence idéologique documentée de la part d’acteurs allemands, via des fondations et ONG proches du pouvoir politique à Berlin, telles que les fondations Rosa Luxembourg et Konrad Adenauer. Pour éviter le décrochage stratégique, la France doit reprendre le contrôle de son système électrique et remettre en question les dogmes européens actuels.
Les marchés européens de l’électricité et du gaz, pensés pour la concurrence, fragilisent l’indépendance énergétique française. Alors que notre pays dispose d’atouts uniques — nucléaire et hydraulique —, l’Union européenne impose des règles qui affaiblissent notre souveraineté au profit d’un modèle instable et coûteux.
Alors que l’Union européenne intensifie la libéralisation du marché de l’électricité et favorise massivement les énergies renouvelables intermittentes, la France voit son indépendance énergétique se déliter.
Une dérégulation contre-productive du modèle français
La loi NOME de 2010 a profondément modifié l’architecture du marché français de l’électricité. Elle a contraint EDF, opérateur historique, à vendre jusqu’à 100 TWh d’électricité nucléaire à un tarif régulé (42 €/MWh) à ses concurrents via l’ARENH. Ce prix, gelé depuis plus de dix ans, est inférieur au coût réel de production, estimé à 60 €/MWh par la Cour des comptes. Cette distorsion prive EDF des moyens d’investir dans la maintenance et le renouvellement de son parc nucléaire.
Parallèlement, la conception du marché européen, qui indexe les prix de l’électricité sur ceux du gaz, a provoqué une flambée tarifaire sans précédent. En 2022, le prix moyen de gros atteignait 276 €/MWh en France, contre 54 €/MWh en 2019. Et cela malgré un parc largement décarboné. L’Union européenne impose ainsi une uniformisation tarifaire qui pénalise les pays vertueux au bénéfice d’une logique spéculative. Cette mécanique a conduit à des mesures absurdes telles que le bouclier tarifaire : un dispositif d’urgence qui, au lieu de corriger les racines du problème, a alourdi la dette publique et fragilisé encore davantage EDF, obligé de vendre à perte pour éviter une explosion des factures.
Panorama des sources d’énergie : atouts et limites
- Nucléaire : pilotable, bas-carbone, indépendant des importations hors combustibles. Il permet une production stable, mais nécessite des investissements de long terme, une gestion des déchets, et reste soumis à l’acceptabilité sociale.
- Hydraulique : flexible, renouvelable, très faible émission de CO₂. Il est idéal pour équilibrer le réseau, mais son développement est gelé : la France refuse d’appliquer les règles européennes de mise en concurrence des concessions, ce qui bloque la modernisation des installations. À l’inverse, plusieurs incidents en Norvège et au Portugal sur des barrages détenus par des opérateurs privés soulèvent des inquiétudes sur la sûreté et la continuité du service public.
- Éolien et solaire : faibles émissions, rapides à installer. Mais leur intermittence nécessite des systèmes de compensation coûteux (centrales fossiles, batteries, importations) et fragilise la stabilité du réseau. Leur développement est en outre fortement subventionné, au détriment des moyens pilotables.
- Gaz : pilotable, utile en appoint. Mais dépendant de marchés mondiaux volatiles (ex. crise ukrainienne), émetteur de CO₂, et contraire aux objectifs climatiques à long terme.
Préserver les actifs souverains : nucléaire et hydraulique
Le parc nucléaire français a couvert 62 % de la production électrique en 2023 (source RTE), avec une empreinte carbone parmi les plus faibles au monde. L’hydroélectricité, quant à elle, représente 12 % du mix national et joue un rôle central dans l’équilibrage du réseau. Ces deux filières assurent à la France une autonomie stratégique qu’aucune autre énergie ne garantit à ce jour.
Pourtant, ces actifs sont sous pression. La Commission européenne milite depuis 2010, toujours au nom du dogme de l’ouverture à la concurrence des concessions hydrauliques, pourtant stratégiques. Une telle mesure, en confiant à des acteurs privés – parfois étrangers – la gestion de barrages clefs, compromettrait l’unité de pilotage du système électrique. Fabien Bouglé l’a souligné : cette évolution revient à « privatiser une infrastructure stratégique nationale ».
Dans le même temps, les énergies renouvelables intermittentes bénéficient d’un soutien institutionnel et financier sans précédent. Leur variabilité nécessite pourtant un recours massif aux moyens pilotables – souvent fossiles – pour assurer la continuité de service. Nicolas Meilhan, ingénieur et spécialiste des politiques énergétiques, rappelle que « l’éolien et le solaire sont complémentaires, mais ne peuvent constituer la base d’un mix fiable sans moyens pilotables nationaux ».
Sur le terrain, la promotion de l’éolien terrestre se heurte à une défiance croissante. Des cas documentés, comme celui relayé par France 3, révèlent des stratégies de persuasion mafieuses : distribution de chèques de 100 euros aux riverains en échange de leur soutien aux projets. Une méthode révélatrice de l’impopularité locale des installations, souvent critiquées pour leur emprise foncière, leur bruit, et leur faible productivité.
Des fournisseurs alternatifs déconnectés des enjeux de souveraineté
La libéralisation du marché français a vu l’émergence de nombreux fournisseurs alternatifs dont la contribution à la souveraineté énergétique reste discutable. Ces acteurs, souvent sans moyens de production propres, achètent leur électricité à bas prix grâce à l’ARENH, puis la revendent sur un marché fluctuant. En cas de tension ou de crise, certains se retirent du marché ou suspendent leurs contrats, laissant les clients sans protection tarifaire. Cette instabilité commerciale sape la prévisibilité nécessaire à une politique énergétique de long terme.
Cette logique court-termiste va à l’encontre des principes économiques défendus par Maurice Allais, prix Nobel d’économie, pourtant proche des cercles libéraux du Mont Pèlerin. Allais défendait avec constance le monopole public dans le secteur nucléaire français, jugeant que l’électricité relevait d’un bien stratégique non compatible avec les règles de la concurrence. Pour lui, l’organisation centralisée portée par EDF garantissait à la fois la sécurité d’approvisionnement, la planification industrielle et la maîtrise des prix.
Une ingérence énergétique documentée
Comme l’a révélé l’École de guerre économique dans plusieurs rapports, de nombreuses ONG écologistes actives en France sont en réalité financées par des fondations allemandes proches du gouvernement fédéral. Ces structures orientent le débat public en faveur d’une sortie accélérée du nucléaire, affaiblissant le consensus national autour de notre principale énergie souveraine.
Dans son rapport d’alerte sur les réseaux d’influence environnementaux, l’EGE dénonce une stratégie d’influence indirecte visant à déstabiliser les politiques énergétiques nationales au profit d’intérêts industriels allemands. Le modèle énergétique allemand, centré sur le gaz et les renouvelables, bénéficie ainsi d’un soutien européen renforcé tandis que les choix français sont marginalisés, voire combattus.
Que faire ?
L’électricité est un pilier stratégique de souveraineté. La soumettre aux règles du marché européen, à la concurrence imposée et à une dépendance accrue aux énergies intermittentes, revient à fragiliser notre indépendance énergétique. L’exemple français démontre pourtant qu’un modèle stable, pilotable et bas-carbone est possible — à condition de préserver le rôle central du nucléaire et de l’hydroélectricité, et de réaffirmer un pilotage public fort. Sur la chaîne parlementaire Public Sénat, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait ainsi estimé que le fonctionnement actuel du marché unique européen de l’électricité était « aberrant » et déjà « obsolète », après pourtant seulement 14 années d’existence. « Il faut revoir de fond en comble [son] fonctionnement, a-t-il expliqué. Les Français en paient la facture d’une manière incompréhensible pour eux et totalement inefficace du point de vue économique. »
Les signaux d’alerte se multiplient : aux Pays-Bas, les autorités redoutent une panne du service dès 2025. En Espagne, une vaste coupure nationale s’est produite début 2024 à la suite d’un effondrement brutal de la production renouvelable. Ces événements soulignent le danger d’un système fondé sur l’intermittence et les aléas du marché. La France doit s’en prémunir et défendre sans compromis son modèle électrique souverain.
Annexe :
Cour des comptes, Rapport public annuel 2023.
École de guerre économique, « Réseaux d’influence environnementaux et ingérences étrangères », mai 2021.
EGE, Rapport d’alerte sur l’ingérence des fondations étrangères, 2023.
RTE – Bilan Électrique 2023. https://www.rte-france.com
France 3 Régions, « Un chèque de 100 euros distribué à des habitants situés à proximité d’éoliennes… », décembre 2023. https://france3-regions.francetvinfo.fr
Bouglé, Fabien, Nucléaire, les vérités cachées, Éditions du Rocher, 2021.
Meilhan, Nicolas, intervention dans Thinkerview, 2022.
Incidents hydrauliques au Portugal et Norvège, rapport interne de l’Agence de sécurité énergétique européenne, 2022.
Loi NOME, Ministère de la Transition Énergétique, dossier législatif.
Observatoire de l’Industrie Électrique, données 2019-2022.
Maurice Allais, discours à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, 1992.
Benezet, E. (2021, 25 septembre). Électricité : Bruno Le Maire part en guerre contre le marché européen de l’énergie. leparisien.fr. https://www.leparisien.fr/economie/consommation/electricite-bruno-le-maire-part-en-guerre-contre-le-marche-europeen-de-lenergie-25-09-2021-6P6NMYOMHFFEBHRW5VV7MIQQZU.php


